Journal · Format

Ce que le présentiel fait, et que l’écran ne fera jamais

Faire venir trois cents personnes coûte cher, mobilise deux jours et se justifie de moins en moins facilement. La question n’est donc plus « présentiel ou distanciel », mais « qu’est-ce qui mérite qu’on se déplace ».

Bérangère Rumigny 4 septembre 2026 Lecture 6 min

© Mind Impact · Théâtre de Spa

Je vais défendre le présentiel, ce qui n’a rien de surprenant vu mon métier. Alors autant commencer par ce qui va contre moi : une grande partie de ce qu’on fait encore en salle n’a aucune raison d’y être, et le passer en distanciel serait un progrès pour tout le monde.

Le calcul qui fait annuler

Il est vite fait, et il est juste. Trois cents personnes déplacées, cela représente des transports, des nuits d’hôtel, deux journées de travail perdues, une salle, une production. Face à cela, un format en ligne coûte une fraction et n’immobilise personne.

Quand la comparaison se fait sur ces bases, le présentiel perd toujours. Et il mérite de perdre, parce que la comparaison porte sur ce que les deux formats ont en commun : transmettre de l’information à un groupe. Pour cela, l’écran est objectivement meilleur. Il est moins cher, plus court, réutilisable, et personne ne se lève à cinq heures du matin.

Si votre événement peut être remplacé par une visioconférence, il faut le remplacer par une visioconférence.

Bérangère Rumigny

La question utile n’est donc pas de savoir lequel des deux est meilleur. Elle est de savoir ce que vous cherchez à produire, et si cette chose passe par un écran.

Ce qui passe très bien par écran

Ce qui ne se transmet que dans une salle

Il reste quatre choses. Elles sont peu nombreuses, mais elles sont considérables, et aucune ne se produit derrière un écran.

Voir les autres réagir

En salle, chacun ne reçoit pas seulement le message : il voit trois cents personnes le recevoir en même temps. Ce que je pense devient ce que nous pensons, et cette bascule est instantanée. C’est le mécanisme par lequel une décision cesse d’être une annonce pour devenir une réalité partagée. Aucune mosaïque de vignettes ne le reproduit.

Le silence collectif

Une salle qui se tait ensemble produit quelque chose de physique. C’est dans ces secondes-là que passent les messages difficiles, ceux qui demandent qu’on s’arrête. En ligne, le silence n’existe pas : il est indistinct d’un problème de connexion, et chacun le remplit en regardant ailleurs.

La conversation non prévue

Les dix minutes entre deux interventions, la file du café, le trajet de retour. C’est là que se disent les choses qui ne se diraient jamais en réunion, que se croisent des gens qui ne se croisent jamais, et que se prennent la plupart des rendez-vous qui comptent. Ce temps est presque toujours traité comme du remplissage. Il est en réalité le premier motif rationnel de faire venir des gens.

Le changement de statut

C’est le plus difficile à expliquer et le plus puissant. Quand quelqu’un monte sur scène devant deux mille personnes, il n’est plus tout à fait le même après. Quand une équipe traverse ensemble une journée qui compte, elle n’est plus tout à fait la même non plus. Le présentiel ne transmet pas seulement un contenu, il fait franchir un seuil. Un écran informe ; une salle fait basculer.

Le test

Une question suffit à trancher

Demandez-vous ce que vous voulez qui soit vrai le lendemain matin, et qui ne l’est pas aujourd’hui.

Si la réponse est « ils sauront », faites-le en ligne. Si la réponse est « ils y croiront », « ils oseront », « ils se feront confiance » ou « ils se seront parlé », alors il faut les réunir. Ces quatre verbes ne passent pas par un écran, et aucune plateforme ne le changera.

Le piège de l’hybride

L’hybride semble régler le problème. Il le déplace. Dans la plupart des dispositifs mixtes, les personnes en ligne assistent à un événement qui ne leur est pas destiné : elles voient de loin, entendent mal les questions de la salle, et ne participent à aucun des quatre effets décrits plus haut. Elles sont spectatrices d’une expérience à laquelle elles ne prennent pas part.

Quand l’hybride est imposé, mieux vaut assumer deux dispositifs distincts qu’un seul mal partagé : une journée construite pour la salle, et un format court, monté, pensé pour l’écran, diffusé ensuite. Cela demande un peu plus de travail et produit infiniment plus.

À retenir

  • Pour transmettre de l’information, l’écran est objectivement meilleur. Il faut l’assumer.
  • Quatre choses ne passent que par une salle : voir les autres réagir, le silence collectif, la conversation non prévue, le changement de statut.
  • La bonne question n’est pas le format, c’est ce qui doit être vrai le lendemain matin.
  • L’hybride mal construit fait des participants en ligne des spectateurs de l’événement des autres.

Pour aller plus loin

Bérangère Rumigny Je mets en scène des événements d’entreprise, des dirigeants et des conférenciers. Je travaille sur le récit, le programme et les prises de parole, pas sur la logistique, qui est un autre métier.

Qu’est-ce qui doit être vrai
le lendemain matin ?

Répondez à cette question, et le format se décide tout seul. Si la réponse n’est pas claire, parlons-en.

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