Quand un client me montre son programme, je lis rarement les noms en premier. Je lis l’ordre. C’est là que se voit, avant même le jour J, si la journée tiendra ou si elle s’effondrera en milieu d’après-midi.
Ce n’est pas qui, c’est quand
La plupart des programmes se construisent dans l’ordre d’arrivée des confirmations. Le premier intervenant qui dit oui prend le créneau qui l’arrange, le suivant prend ce qui reste, et le dirigeant ouvre parce qu’il ouvre toujours. Le résultat ressemble à un programme. C’est en réalité une liste.
Or un intervenant ne produit pas son effet seul. Il le produit dans une salle qui vient d’entendre quelqu’un d’autre, qui a déjeuné ou pas, qui sait déjà ou pas ce qu’il va dire. Le même propos, tenu par la même personne, peut installer une idée durablement ou passer inaperçu. Ce qui change entre les deux, c’est la place qu’on lui a donnée.
Un bon intervenant placé après le mauvais ne produit rien.
Bérangère RumignyLa courbe d’attention d’une journée
Une salle n’est pas disponible de la même façon à toute heure. Elle arrive curieuse, se met en route pendant la première heure, atteint son meilleur niveau en fin de matinée, s’affaisse après le déjeuner et remonte un peu avant la clôture, quand elle sent que la fin approche. Cette courbe ne se discute pas, elle se respecte.
- Le premier créneau : installer. La salle n’est pas encore là. On y place ce qui crée le cadre et donne envie de rester, pas le contenu le plus dense.
- La fin de matinée : le cœur. C’est le moment où la salle comprend le mieux. On y place l’intervention qui porte le message principal.
- Le début d’après-midi : relancer. On y place ce qui fait bouger, rire ou participer. Jamais une présentation chiffrée.
- La clôture : ancrer. La dernière voix entendue est celle dont on se souvient. Elle doit reprendre la phrase de la journée, pas en ouvrir une nouvelle.
Le voisinage : qui passe avant, qui passe après
Deux intervenants ne se succèdent jamais sans se modifier l’un l’autre. Le second hérite de ce que le premier a laissé dans la salle : une émotion, une fatigue, une question ouverte, parfois une contradiction. C’est une ressource quand c’est prévu, un accident quand ça ne l’est pas.
Trois voisinages demandent une attention particulière. Deux propos trop proches, d’abord : le second paraît redondant, même s’il est meilleur. Une intervention très émouvante suivie d’un exposé technique, ensuite : la salle n’a pas fini de ressentir qu’on lui demande déjà de noter. Deux voix de même registre à la suite, enfin : deux humoristes, deux experts, deux témoignages, et la salle décroche au deuxième.
Le test
Lisez votre programme à voix haute, dans l’ordre
Pour chaque passage, demandez-vous ce que la salle aura dans la tête au moment où l’intervenant suivant prend la parole. Si vous ne savez pas répondre, personne ne l’a prévu, et c’est le hasard qui construira votre journée.
La place du dirigeant dans le plateau
Le réflexe est de faire ouvrir le dirigeant. C’est parfois juste, souvent un gâchis : il parle à une salle qui n’est pas encore installée, et tout ce qui suit dilue ce qu’il a dit. Selon le message, sa place la plus forte peut être en fin de matinée, après un intervenant extérieur qui a préparé le terrain, ou en clôture, pour transformer ce qui a été entendu en décision.
La règle est simple : le dirigeant ne doit jamais passer juste après quelqu’un qui dit la même chose que lui, en mieux. C’est le piège le plus coûteux d’un plateau, et le plus fréquent. Je le détaille dans la page consacrée à la prise de parole du dirigeant.
Les transitions, le travail que personne ne voit
Entre deux interventions, il se passe toujours quelque chose : un changement de micro, un temps de déplacement, un applaudissement qui s’éteint. Ces quarante secondes décident de la façon dont le suivant sera reçu. Laissées au hasard, elles cassent le rythme. Travaillées, elles deviennent le fil qui relie les voix entre elles.
Une transition réussie fait trois choses : elle ferme ce qui vient d’être dit, elle dit pourquoi la voix suivante arrive maintenant, et elle remet la salle en attention. Cela peut être une phrase de l’animateur, une image, une musique, un silence tenu. Ce n’est jamais une biographie lue sur une fiche.
Construire l’ordre de passage : la méthode
- Écrire la phrase de la journée. Ce que chacun doit pouvoir dire en repartant. Sans elle, l’ordre n’a pas de sens, parce qu’il n’a pas de destination.
- Donner un rôle à chaque intervenant. Installer, démontrer, bousculer, incarner, ancrer. Un rôle, pas un sujet : deux intervenants peuvent traiter le même thème s’ils n’ont pas le même rôle.
- Placer les rôles sur la courbe d’attention. Le cœur du message en fin de matinée, la relance après le déjeuner, l’ancrage en clôture.
- Vérifier chaque voisinage. Deux par deux, dans l’ordre, avec la question du test ci-dessus.
- Écrire les transitions. Avant la journée, pas pendant. Elles font partie du programme au même titre que les interventions.
- Briefer chaque intervenant sur ce qui l’entoure. Il doit savoir qui passe avant lui, qui passe après, et ce que la salle aura entendu. C’est ce qui lui permet de s’appuyer sur le reste au lieu de l’ignorer. Le brief complet est détaillé dans la page sur le choix d’un conférencier.
Les erreurs de positionnement les plus fréquentes
| L’erreur | Ce qui se passe réellement |
|---|---|
| L’ordre d’arrivée des confirmations | Le programme se remplit au fil des oui. Personne n’a décidé de l’ordre, il s’est imposé. |
| L’intervenant vedette en fin d’après-midi | Placé là pour garder la salle jusqu’au bout, il parle à des gens qui regardent l’heure de leur train. |
| Deux temps forts à la suite | Le second écrase le premier, ou l’inverse. Chacun aurait porté seul une demi-journée. |
| Le dirigeant après l’expert | L’expert a dit la même chose avec plus d’aisance. Le dirigeant paraît le répéter. |
| Le programme sans respiration | Aucune pause entre deux interventions denses. La salle garde le premier propos et perd le second. |
Mon rôle
Je lis un programme comme une pièce
Mon travail consiste à définir avec vous ce que la journée doit produire, à donner un rôle à chaque voix, à construire l’ordre de passage et les transitions, puis à briefer chaque intervenant sur sa place dans l’ensemble. Le jour J, je tiens ce fil depuis les coulisses.
C’est ce qui fait qu’un plateau de voix excellentes devient une journée dont on se souvient.
Questions fréquentes
Dans quel ordre faire passer les intervenants d’une convention ?
Selon le rôle de chacun et la courbe d’attention de la salle : ce qui installe en ouverture, le cœur du message en fin de matinée, ce qui relance après le déjeuner, ce qui ancre en clôture. L’ordre de disponibilité des intervenants ne doit jamais décider seul.
Le dirigeant doit-il ouvrir la convention ?
Pas forcément. L’ouverture est un créneau où la salle n’est pas encore installée. Selon le message, le dirigeant est souvent plus fort en fin de matinée ou en clôture, après que d’autres voix ont préparé le terrain. Il ne doit jamais passer juste après quelqu’un qui dit la même chose que lui.
Quel est le meilleur créneau pour l’intervenant principal ?
La fin de matinée, dans la plupart des cas : la salle est installée, reposée et attentive. Le début d’après-midi est le plus difficile, il vaut mieux y placer un format qui fait participer ou qui surprend.
Combien d’intervenants prévoir sur une journée ?
Moins qu’on ne le pense. Au-delà de cinq ou six voix sur une journée, chacune a trop peu de temps pour installer quelque chose, et la salle retient surtout la dernière. Mieux vaut quatre interventions bien placées et bien reliées que huit qui se succèdent.
Comment éviter que deux intervenants se répètent ?
En leur donnant des rôles différents plutôt que des sujets différents, et en les briefant sur ce que l’autre va dire. Deux intervenants informés l’un de l’autre peuvent se répondre ; deux intervenants isolés se chevauchent.
Faut-il un animateur entre les interventions ?
Il faut quelqu’un qui tienne les transitions, que ce soit un animateur, un membre de l’équipe ou une voix hors champ. Sans transition, chaque intervention commence à froid. Avec une transition écrite, elle commence là où la précédente s’est arrêtée.
Où placer une table ronde dans un programme ?
Plutôt en milieu de matinée ou en début d’après-midi, jamais en clôture. Une table ronde ouvre des questions, elle en ferme rarement. Elle fonctionne quand chaque participant défend un point de vue différent et qu’elle est animée par quelqu’un qui connaît le message de la journée.
Que faire si un intervenant impose son créneau ?
Le négocier avant la signature, en expliquant la logique de la journée. Si c’est impossible, reconstruire l’ordre autour de lui plutôt que de le laisser au milieu d’un programme qui ne tient plus. Un créneau imposé n’est pas une fatalité, c’est une contrainte de plus dans la construction.
Quelle différence entre programme et positionnement des intervenants ?
Le programme dit qui parle et à quelle heure. Le positionnement décide pourquoi chacun parle à ce moment-là, après qui et avant qui, et ce que la salle doit avoir ressenti entre les deux. Le premier est une grille, le second est une dramaturgie.
À quel moment travailler l’ordre de passage ?
Dès que le message de l’événement est arrêté, et avant de confirmer les derniers intervenants. Construire l’ordre à la fin, quand chacun a déjà son créneau, revient à ranger une pièce après avoir cloué les meubles.